33 jours

La nouvelle édition de ce carnet d’exode est préfacée par Antoine de Saint-Exupéry. L’auteur du Petit Prince était un ami très proche de Léon Werth qui lui montra même la manuscrit de 33 jours en 1940. Il fallut un certain temps pour que ce texte nous parvienne. Il connut un parcours chaotique pour sa publication, à l’image de celui rencontré par Léon Werth et sa femme pour quitter Paris et atteindre Saint-Amour (Jura).

Ce périple de 33 jours est absolument haletant entre des instants dilués et des moments de véritable danger. Léon Werth nous conte, comme il l’écrit, ce qu’il a vu, ressenti ou pensé. La force de ce texte réside dans la richesse de vocabulaire, inévitable pour apporter la nuance nécessaire. L’auteur rappelle que les journaux et l’histoire ne sont pas la même chose. Effectivement, ce qu’il écrit, son journal d’exode n’est pas forcément l’histoire apprise et enseignée. Mais son sens de l’observation et la clairvoyance de son refus de juger (et donc de réduire) distillent une véritable émotion. Qu’ils s’agissent de ces femmes très vite conquises par les soldats allemands ou de ces hommes qui malgré la soumission ne mâchent pas leur mot, c’est un portrait disparate de la France en juin 1940. Il y a du patriotisme, de la faiblesse, de la haine envers ces hommes de pouvoir qui semblent jouer avec la vie des petits. Léon Werth ne s’engage dans un futur incertain mais tente d’être sensible au basculement de l’être. C’est l’humain qui est au coeur de cette guerre. Qu’il soit allemand ou français, qu’il soit soldat ou civil, l’Homme se révèle dans des moments de doute. L’exode, sous la plume de Léon Werth, commence dans la folie (les matelas très visibles sur les routes, le petit officier français qui tente de gérer la circulation ou la réaction des Français quand ils croisent l’armée allemande qui vient à leur rencontre alors qu’ils voulaient lui échapper) pour sombrer dans la violence (les mots employés pour minimiser la folie d’Hitler, les bombardements, les animaux tués et les tombes qui commencent à marquer la terre).

Ce livre, outre de grandes qualités romanesques, est un témoignage marquant sur cet épisode de quelques jours d’un effondrement national.

33 jours de Léon Werth est publié chez Viviane Hamy au prix de 15€.

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