La chambre peinte

Le peintre Mantegna (1431-1506) est notamment reconnu pour les fresques de la chambre des époux du palais de la famille très puissante des Gonzague, à Mantoue. En ouverture du livre, quelques photographies de ces créations, témoignant des préoccupations de cet artiste du Quattrocento (perspective, héritage Romain,…). Inger Christensen, après avoir longtemps observé ces fresques, a décidé d’unir tous les éléments de Mantegna dans un livre. Ce n’est pas vraiment un roman mais trois points de vue. Les trois parties du livre (journal intime, conte onirique et rédaction d’enfant) nous rapprochent de cette chambre des époux.

Il y a Marsilio Andreasi, humaniste qui a côtoyé Mantegna bien malgré lui. Il lui a volé la femme qu’il a aimée. Le style très strict peut rebuter mais au bout de quelques pages, le ton fait sourire. Tout en restant dans son époque, nous découvrons un homme drôle un peu surpris par son époque et un des hommes appréciés, Mantegna. Après la détestation, vient l’amitié, la solidarite et un certain rapprochement d’âme. Le deuxième texte, se concentrant sur le pape Pie II, est rempli d’amour, de ces histoires héritées de l’Antiquité. Enfin, les dernières pages sont écrites par le fils de Mantegna, expliquant le travail de son père et le pouvoir de la peinture. Un ton très simple, une voix d’enfant pour parler de mystères.

L’union de ces trois textes crée un ensemble étonnant puisant son énergie dans les créations des fresques de Mantoue. Par ses mots, Inger Chritstensen parvient à nous faire sentir la peinture de Mantegna. Aucune explication ou critique artistique mais des raisons suggérées par l’auteur. Son écriture rend justice aux différentes voix exprimées. Que ce soit cet humaniste frappé par la jalousie ou cet enfant parlant de son père, chacun a son propre ton. En quelques pages, cette peinture parle d’amour, de pouvoir abusif, de magie, de folie créatrice et d’enfants rêvant. Cette « trilogie » séduit parce qu’elle nous apprend à regarder et à laisser notre imagination se libérer.

Ce livre d’Inger Christensen, traduit par Karl et Janine Poulsen, est publié aux éditions du Bruit du Temps au prix du 15€.

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