Les ombres de Canyon Arms

Tout commence par un bruit, discret mais persistant. Penny, dans ce bungalow qu’elle occupe depuis peu, se persuade que ce ne sont pas des petits hommes qui grouillent sous le plancher. L’histoire se passe en 1953, à Hollywood. Penny, n’ayant pu être actrice, se satisfait de son métier de maquilleuse. L’homme, monsieur D, qui avait fait d’elle sa maîtresse l’a laissée tomber. C’est peut-être pour cela qu’elle est arrivée dans ce bungalow tenu par une drôle de propriétaire et entourée de locataires bavards. Ce sont eux qui expliquent à Penny que le bungalow fut occupé par Larry, un libraire qui n’est suicidé. Elle essaye alors de se convaincre qu’un esprit tueur ne rôde pas autour d’elle.

L’histoire pourrait être surfaite mais le choix de Megan Abbott de ne pas faire un livre policier mais psychologique permet de plonger dans une histoire haletante. Cette nouvelle fait penser à certains films de Polanski (le locataire) et le cinéma est plus que présent. Penny évolue entre le réel et la rêverie perturbée par les bruits, entre le cinéma (qui veut décrire un monde magnifique) et les comportements machos des hommes de cinéma. Penny, au fur et à mesure de l’histoire, perd tous ses repères. Elle ne peut se fier à personne et plus rien n’est concret.

En choisissant un format court, Megan Abbott est très efficace, ne se dispersant pas. On ne quitte pas l’esprit de Penny qui, ayant perdu son amant puis son boulot, ne peut penser qu’à ses petits hommes. Cette idée est étonnante car Penny pourrait craindre des bestioles envahissantes, rongeurs par exemple. La mention de petits hommes révèle les deux aspects de la pression exercée par les hommes sur les femmes. Celles-ci, dans cette nouvelle, sont malmenées, taquinées ou utilisées. Mais à aucune moment, elles ne sont considérées. A la fin de la nouvelle, les hommes paraissent ignorer la culpabilité ou les remords. Comme l’indique le titre original, the little mens, les hommes sont petits, assez pour se cacher, assez pour dissimuler, juste médiocres.

Les Ombres de Canyon Arms de Megan Abbott, traduit par Aline Weill, est publié chez Ombres Noires au prix de 8€.

 

 

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