Mémoire de fille

Dans ce nouveau livre, Annie Ernaux poursuit l’exploration de sa vie. Il s’agit de l’été 1958, celui où elle intègre une colonie de vacances, où elle imagine sa première histoire d’amour, où elle se révèle une mauvaise animatrice,… Un été où la France retrouve le général de Gaulle et vit au rythme des « événements » en Algérie. Il a fallu plusieurs décennies à Annie Ernaux pour réussir à écrire sur cet été précis tant il représentait une étape dans sa vie.

La narration d’Annie Ernaux fait penser à un travail d’historien. Son protagoniste, cette fille de 1958, est désigné par la troisième personne du singulier. L’auteure installe une sorte de distance entre son présent et son passé. Bien qu’elle parle d’elle-même, elle ne peut pas tout comprendre de son état d’esprit de 1958. Le procédé narratif n’est pas utilisé pour lui permettre d’être objective. Ce parti pris permet d’installer un véritable enjeu romanesque, le devenir de cette jeune fille. Le parallèle entre les deux états de cette même personne (le personnage de la fille de 1958 et l’auteure du XXIeme siècle) reussit à installer très simplement les enjeux de ce regard en arrière. Il ne s’agit pas de regrets ou d’une quelconque lamentation. Ce texte est vibrant, touchant et bouleversant. Annie Ernaux excelle dans l’union de la sincérité autobiographique et la liberté émotionnelle de la narration.

Ce livre apporte un éclairage passionnant sur la fin des années 1950, encore difficilement abordable aujourd’hui. De nos jours où le désengagement est pointé du doigt, il est intéressant d’observer l’éloignement entre cette fille (voire sa génération) et les évènements d’Algérie, pour reprendre la dénomination de l’époque. Comme l’auteure a replongé dans son passé, dans cet été marquant, le lecteur se retrouve aussi dans un contexte particulier, quand le féminisme n’existait pas encore mais le machisme semblait ancré dans tous les esprits. Ce livre est l’exemple de la force de la littérature quand elle s’empare du particulier pour atteindre l’universel.

Ce livre d’Annie Ernaux est publié chez Gallimard au prix de 15€.

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