Les armées

Dans le village tranquille de San José, Ismael, instituteur à la retraite, cueille des oranges. Mais selon sa femme Otilia, c’est surtout un prétexte pour découvrir le corps de leur jeune voisine, Geraldina, qui aime se balader nue au soleil. Ismael se défend mais il découvre surtout qu’en vieillissant, il est de moins en moins discret. Cette innocence presque enfantine, une fois passer les murs, est bouleversée par des enlèvements successifs. Des maris, des épouses et ses enfants disparaissent du village colombien. C’est ainsi que la menace extérieure envahit peu à peu le village soit disant tranquille. Le vieil Ismaël est atteint avec la disparition de sa femme, Ottilia, qu’il ne cesse de chercher en errant dans les rues de San José.

L’assassin jeta l’arme au loin – nul ne fit mine de la ramasser – et marcha tranquillement vers la sortie sans que personne ne s’interpose. Mais quelques secondes avant de jeter son arme il m’avait regardée, moi, le plus proche voisin du gros. Jamais de  ma vie je n’avais été frappé par un regard aussi mort. On aurait dit un être de pierre, taillé dans la pierre, ses yeux me firent penser qu’il allait me cribler de balles jusqu’à la dernière. C’est alors que je découvris que l’assassin n’était pas un homme jeune, mais un gamin de onze ou douze ans. Un enfant. 

Ce livre est passionnant par le climat oppressant et la folie qu’il installe. Cette histoire commence sur un ton très léger pour mieux s’engouffrer dans la pesanteur des menaces. Ces armées mentionnées dans le titre sont autant celles du pouvoir en place que celles des opposants. Elles s’immiscent partout, détruisant le paradis que chaque famille a créé. Au milieu de ces hommes et femmes meurtris, nous suivons la recherche d’Ismaël. Malgré la vieillesse et les douleurs physiques, il recherche son amour et toute sa quête devient alors la plus belle des déclarations.  Sa vie a perdu tout son sens. Son esprit se perd tranquillement. N’ayant que son point de vue comme repère, nous ne savons pas si ses descriptions sont réelles ou complètement imaginaires. Le ton est poignant et le lecteur ne peut qu’accompagner cet homme qui révèle son courage. Face à la violence des armées, à la perte de ses proches et à la désertion des autorités, Ismaël ne baisse ni les bras ni le regard. En filigrane, l’auteur pose la question du courage et de la meilleure façon de se protéger de la terreur

Ce roman d’Evelio Rosero, traduit par François Gaudry, est publié par Métailié au prix de 9€.

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