Otages intimes

Etienne est photographe de guerre. Après plusieurs mois de détention, il vient d’être libéré par les preneurs d’otages. Il retrouve son village, sa mère Irène, son ancien amour Emmanuelle et ses deux amis d’enfance, Enzo et Jofranka. Etienne reprend goût aux choses de la vie.

C’était de la rêverie qui entrait dans les veines du bois. Sa rêverie à lui. Lente. Puissante dans le seul bruit de l’atelier. La cire ne suffit pas à nourrir le bois. La cire, c’est pour après. Lui, au moment de la création de la forme, il avait besoin des mots, ceux qu’il ne prononçait pas. Etienne était reparti le lendemain, il ne restait jamais plus de deux ou trois jours. Le mot confinement était resté. Enzo l’avait pesé dans sa poitrine. Trop lourd. Aucune essence de bois n’en voudrait. Alors il sortait chaque matin et il faisait respiré le mot. Pour Etienne. Quand il avait appris l’enlèvement de son ami, le mot avait pris toute la place dans sa poitrine et une peur sourde, terrible, s’était emparé de lui. Cette peur-là, il croyait en avoir fini avec elle. C’était une vague qui lui pétrifiait les entrailles. Il la reconnaissait. petit il avait lutté contre, en vain, toutes ces nuits où il n’osait pas appeler son père. La mère était partie.

 Ce roman rassemble plusieurs voix après une longue séparation. La délicatesse qui entoure Etienne lors de son retour se ressent dans l’écriture de Jeanne Benameur. Chaque personnage est abordé à fleur de peau. Que ce soit Enzo, proche d’Etienne, ou Emmanuelle qui ne le sera peut-être plus, l’auteure arrive à capter leurs émotions, mélange de soulagement, de joie et de doute sur l’avenir. En approfondissant des considérations sur les mots, sur les matières (piano, bois, pellicule, cuir,…), Jeanne Benameur parvient à mettre en scène la reprise de contact avec le monde. Chacun des personnages a été coupé de sa réalité malgré lui. L’enlèvement d’Etienne a été une déchirure et ce roman, en décrivant les sutures élaborées par chacun, est bouleversant. Au fur et à mesure, s’esquisse le choix d’une vie, celui d’être dans la paix ou dans le guerre. Etienne veut comprendre son monde, la cruauté des preneurs d’otages. Jofranska fait le même parcours en défendant les femmes victimes trop oubliées de la guerre. Mais Enzo et Irène ont choisi la paix, celle d’un village, d’un jardin. Pourtant, indirectement, ils ont été tous les deux victimes de la guerre et de la peur. Jeanne Benameur dresse le portrait d’une peur issue de la violence qui s’insinue partout, dans toute la chair des êtres. Otages intimes est un roman vibrant, passionnant qui parle de ce que nous sommes, les prisonniers d’un monde que nous souhaiterions en paix, en repos.

Ce roman de Jeanne Benameur est publié par Actes Sud au prix de 18,80€.

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