14 juillet

Comme l’indique le titre, ce roman raconte le 14 juillet. Cette journée est détaillée par ceux qui l’ont vécue.

Ce fut l’un des plus beaux étés de tout le siècle. Un des plus chauds aussi. On rôtissait. Mais l’hiver avait été froid, si froid, les racines avaient gelé à plus d’un pied sous terre. La faim s’était étendue sur la France, silencieuse d’abord, puis le désespoir était venu, puis la colère. Et maintenant il faisait chaud. Trop chaud. La nuit, les jeunes sortaient fouiller la ville, c’étaient de longues tournées depuis les faubourgs. La France était alors un pays jeune, incroyablement jeune. Les révolutionnaires furent de très jeunes gens, des commissaires de vingt ans, des généraux de vingt-cinq ans. On n’a jamais revu ça depuis. Et cette jeunesse impatiente, le 13 juillet, fut incapable de dormir. On avait le désir d’un autre corps, il fallait quitter sa mansarde, son pieu, et parcourir la ville sur ses jambes de sauterelle. Chacun sortit, comme on fait à cet âge, très vite, sans rien prendre. On erra sur le pavé, entre les galets des bords de Seine, au beau milieu de rien. 

Ce livre n’est pas un roman historique. Cette journée devenue aujourd’hui un emblème national et républicain n’est pas perçue par le prisme de la contextualisation. A aucun instant, Eric Vuillard tente de placer des figures connues ou attendues. Il met en scène ceux qui ont attaqué la Bastille, ceux qui l’ont abattue, ceux qui ont vu la chute de cette prison. L’auteur arrive à s’accaparer le 14 juillet et nous le raconte par bribes. Grâce aux archives, il réussit à mettre des prénoms et des noms sur les évènements de la journée. Nous suivons pas à pas l’évolution de la situation. Tout cela nous est décrit avec beaucoup de détails. L’auteur se veut proche de ces êtres, héros d’un moment et aujourd’hui oubliés. Très simplement, le lecteur devient spectateur de cette révolte. A quelques moments, Eric Vuillard se permet d’imaginer des paroles et des gestes là où les archives sont restées muettes. C’est là que le roman naît, loin des mythes et plus proche des improvisations de la journée. Rien n’est écrit le matin de la journée. C’est la détermination d’hommes et de femmes qui fit tomber la Bastille. Avec un souffle incroyable et un ton citoyen convaincu, Eric Vuillard nous fait vivre cette journée, au début banale et devenue exceptionnelle.

Ce roman d’Eric Vuillard est publié par Actes Sud au prix de 19€.

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