Il faut tenter de vivre

Ce livre est l’histoire d’une rencontre, d’une fascination et d’une confession. Le narrateur ne résiste pas au magnétisme de Sandrine Broussard dont plusieurs amis lui avaient parlé. Quand ils se sont vus, il s’est aperçu qu’elle était son exact contraire. Tout en elle est devenu alors sujet de curiosité. Sandrine Broussard est devenue un personnage de roman. Sa vraie vie faite d’arnaques, de rencontres, de fuites nous est racontée par l’auteur-narrateur.

Avais-je jamais rencontré pareil antipode de moi-même? Pour rien au monde je n’aurais échangé ma vie contre la sienne. L’emprunter pàr moments, cependant, n’aurait pas été pour me déplaire. Emprunter mon contraire comme, en hiver, on voit des riches du Nord partir se reposer au soleil des pauvres. Tout nous séparait, dans notre rapport au temps, et bien souvent je l’enviais. Je travaillais dans une agence de presse où la moindre seconde comptait. J’aimais l’information à grande vitesse, celle qui vous appartient le temps que les autres ne la connaissent pas encore, et n’aspirais pourtant qu’aux calmes équatoriaux. A la lenteur. Mon idéal maritime était la mer des Sargasses. Sandrine en était l’incarnation : elle avait réussi à imposer son propre temps au monde. 

Ce roman se situe dans la mouvance de l’autofiction. Ce n’est pas tant de savoir que le récit est fondé sur des faits précis que la force du personnage principal qui tient la lecture. Comme l’auteur, nous devenons curieux de cette femme qui a mené sa vie comme elle l’entendait, au gré de ses envies et du vent. Les chapitres les plus émouvants sont ceux où l’auteur prend (peut-être) plus de liberté avec la réalité. Quand Eric Faye parle des relations entre Sandrine et ses parents ou de cette dernière histoire salvatrice avec un homme, le personnage prend vie et l’écriture nous emporte. Sandrine Broussard n’est pas juste une sorte de délinquante, une Bonnie sans panache. Elle s’est libéré, pendant un temps, des codes de la société, tentant de savoir jusqu’où elle pouvait aller. Le narrateur est admiratif d’une telle attitude. Un sentiment de culpabilité l’atteint quand il réalise qu’il s’approprie les confidences et la vie de Sandrine. Malgré le charisme de cette femme, certains passages nous laissent de côté par un manque de structure globale. Toutefois, l’auteur parvient à effeuiller chacun de ses personnages en respectant leur simplicité originelle et en donnant la pleine mesure de leur rapport au monde. 

Ce roman d’Eric Faye est publié aux Editions du Point au prix de 6.50€.

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