Petit pays

Gabriel que tout le monde appelle Gaby raconte le début de sa vie au Burundi. Dès les première pages, se mêlent la relation tendue entre ses parents qui mènera à leur séparation, l’évolution politique du « petit pays » qui connaît les premiers de la démocratie et l’enfance de Gaby ponctuée de 400 coups. C’est le point de vue d’un enfant sur un pays qui se déchire, un couple qui disparaît et l’entrée dans l’âge adulte.

Les sanglots avaient transformé la voix de Maman en un torrent de boue et de gravier. Une hémorragie de mots, un vrombissement d’injures emplissait la nuit. Les bruits se déplaçaient maintenant dans la parcelle. Les hurlements de Maman sous ma fenêtre, le pare-brise de la voiture qu’elle pulvérise. Puis plus rien, et la violence à nouveau qui roule, qui roule tout autour. Je regardais le va et vient de leurs pas dans la lumière qui filtrait sous la porte de ma chambre. Mon auriculaire agrandissait un trou dans la moustiquaire de mon lot. Les voix se mélangeaient, se distordaient dans les graves et les aigus, rebondissaient contre le carrelage, résonnaient dans le faux plafond, je ne savais plus si c’était du français ou du kirundi, des cris ou des pleurs, si c’était mes parents qui se bâtaient ou les chiens qui hurlaient à la mort. Je m’accrochais une dernière fois à mon bonheur mais j’avais beau le serrer pour ne pas qu’il m’échappe, il était plein de cette huile de palme qui suintait dans l’usine de Rumongue, il me glissait des mains. 

Le premier roman de Gaël Faye tient son rythme et sa force de l’équilibre réussi entre la simplicité du ton de l’enfant et de la description d’une terreur effroyable. En faisant de ce narrateur un observateur précis et honnête, l’auteur parvient à nous faire ressentir le climat de la fin du bonheur. Dès les premières pages, nous sentons que le monde du narrateur s’effrondrera autant au sein de sa famille, de ses amis que de son pays. Grâce à une mise en place très rapide des facteurs humains, ethniques, politiques et psychologiques, nous suivons très facilement l’évolution de tous les personnages. L’auteur en utilisant les interactions entre le récit national et celui personnel donne beaucoup de chair à son texte, crédibilisant autant les quelques moments de joie que les heures tragiques. Avec un sens du détail et du décor, ce petit pays prend forme et ce peuple est touché dans son être et son corps. La deuxième moitié décrivant le commencement du génocide et des actes de violence insoutenables est saisissante malgré les parenthèses sur les amis de Gaby qui diluent l’intensité. Même au cœur de cette vaste destruction, l’auteur n’en oublie pas les destins de ses personnages, observateurs victimes n’ayant aucune prise sur cet engrenage fatal.

Ce roman est publié par Grasset au prix de 19€.

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