Le rouge vif de la rhubarbe 

La jeune Ágústína aime s’allonger dans le carré de rhubarbe, situé sur les hauteurs du village. Au milieu de cette forêt aux couleurs lumineuses, elle observe le ciel, Dieu et la montagne. Ce serait dans ce carré qu’elle aurait été conçue avant que sa mère ne l’a confié à Nina, grande productrice de confitures de rhubarbe. Malgré ses jambes fragîles qui l’obligent à se déplacer constamment avec des béquilles, Ágústína projette d’atteindre les sommets de la montagne et de regarder toute sa vie (les lieux, les habitants, l’horizon) depuis le sommet. C’est sereinement et assurément qu’elle se prépare à cette grande aventure.

Ágústína a acquis très tôt le sentiment de sa singularité dans l’univers. Pas seulement à cause de ses jambes mais aussi des images qui s’accumulent dans sa tête, ou du moins qui s’y entassent avant qu’elle ne les discipline en apprenant à les convertir en mots. C’est ainsi que naquirent les premières montagnes de mots, lesquelles comptaient de nombreuses strates. Celle du bas contenaient le plus de mots, la suivante déjà moins et la plus haute n’en avait plus qu’un seul. Le mot culminant, le plus riche de sens, exige un temps de réflexion maximum. Sans lui, ce qui est au-dessous perd toute signification. 

Dès les premiers pages, Ágústína surprend par sa témérité et sa détermination, ce qui la rend très attachante. Mais cela n’est pas dû aux situations difficiles (handicap ou l’éloignement de la mère) que connaît Ágústína car l’auteure ne mise jamais sur l’apitoiement ni sur aucun sentiment réducteur. Elle affirme la force de cette jeune fille qui, loin d’être insouciante, semble croire en la possibilité de voir autrement le monde. Ce changement de point de vue sur la vie permettrait de vivre différemment. L’espoir est donc présent avec ce protagoniste ainsi que son entourage. Les personnages de Nina et de Vermundur ajoutent une réelle fantaisie qui illumine les journées de la jeune fille. La mère de la jeune fille, malgré l’éloignement, est une présence essentielle par ses lettres où ses mots apportent une chaleur humaine apaisante.

Le roman est riche d’images, d’idées sur les mots, les situations et les décors. Ces derniers ainsi que la lumière des saisons finalisent l’ambiance magique de cette histoire. L’auteure parvient très délicatement à raconter un parcours plein de vie et d’espoir grâce à une écriture qui ne donne pas tout. Auður Ava Ólafsdóttir distille de nombreuses informations aux lecteurs qui peuvent ainsi comprendre Ágústína. Elle nous la présente très précisément sans nous l’expliquer. C’est au lecteur de découvrir cette jeune fille qui est joyeuse sans être mièvre, forte sans être prétentieuse et magique sans être irréelle. Ce roman, par son idée principale, est formidable car il promeut de prendre de la hauteur non pas pour s’éloigner des autres ou les surpasser, mais tout simplement, pour voir plus loin et peut-être mieux.

Ce roman d’Auður Ava Ólafsdóttir, traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson, est publié par Zulma au prix de 17,50€.

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