Les séances

Eva et sa sœur Liv exercent des professions qui s’organisent en séances. La première est photographe de mode pour enfants. Très prisée, elle a une méthode bien à elle : donner un autre prénom au modèle sous les feux des projecteurs pour le diriger. Liv, quant à elle, propose son écoute aux gens qui se pressent chez elle pour lui expliquer leur problème. En une seule phrase énigmatique, elle les soulage à la fin de la séance. Après un coup de fil, Eva retrouve sa soeur dans leur village d’enfance, près de la frontière franco-allemande. Sur la route, elle pense à son travail, à leur passé commun et à leur mère, Irène, souffrant d’une grave perte de mémoire.

En les photographiant, Eva prend aux enfants une chose qu’ils ont au fond d’eux et qui n’a pas de nom, qui irradie du fond de leur être, on ne sait pas exactement où, se fraye un chemin dans le noir et qu’elle finit par faire remonter au grand jour. Quand ça apparaît sur la bouche et dans sl yeux des enfants, ça porte enfin un nom, un nom qui dit bien que ça sort, que ça sourd l’expression. Quelque chose qui nous appartient en propre, une combinaison unique de mille faits qui nous différencient du voisin, mais quand cette chose éclate sur la page du magazine Lamb, les autres, ceux qui la regardent, se l’approprient et la reconnaissent aussitôt comme leur. De singulière, l’expression devient universelle. 

Fabienne Jacob dresse le portrait de deux femmes, de deux soeurs dont la vie est légèrement déviée. En mêlant les souvenirs communs et le présent (tiraillé entre les séances professionnelles et les visites à leur mère), l’auteure parvient à montrer les particularités de chacune de ces femmes. Elles observent le monde, l’écoute et se l’approprient grâce aux mots. Au-delà des procédés utilisés lors des séances, les mots sont au coeur du roman tant Fabienne les décortique. Le chapitre consacré une recette de cuisine est magnifique dans l’équilibre entre le souvenir nostalgique, le dynamisme de la création et la gourmandise. Les deux jeunes femmes se réfugient dans le vocabulaire et ses significations. Il y a un véritable appétit de vivre, un vrai désir. Eva et Liv ne sont pas pour autant des extraterrestres, hors de leur société. L’expression la plus anodine leur rappelle la société dans laquelle elles vivent, marquée par l’argent et la manipulation. Au milieu des autres, les filles d’Irène mènent leur vie, choisissant leur propre voie.

Fabienne Jacob offre un roman très délicat où les personnages se révèlent au fur et à mesure aux lecteurs. La captation de ces moments de vie s’assemble pour constituer un livre tendre et aux émotions distillées. Ce roman est à fleur de peau mais l’écriture de Fabienne Jacob ne reste jamais en surface.

Ce roman de Fabienne Jacob est publié par Gallimard au prix de 15€.

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