Disgrâce

David Lurie est un professeur à l’Université du Cap qui n’est pas insensible au charme de certaines de ses étudiantes. Mélanie lui tape dans l’œil et commence une relation entre eux deux. Très vite, David réalise que Mélanie perd pied et est de plus en plus absente à ses cours. Finalement, une plainte pour harcèlement est déposée à son encontre. David Lurie démissionne et se réfugie chez sa fille, Lucy. Au milieu de la campagne sud-africaine, elle s’occupe d’animaux abandonnés. Un acte violent bouleverse David Lurie, dans son intégrité physique et mentale, remettant en cause toute sa vision du monde. 

Il lui fait l’amour, une fois de plus, sur le lit dans la chambre de sa fille. C’est bon, aussi bon que la première fois; il commence à comprendre comment son corps se meut. Elle apprend vite, elle est curieuse de découvertes. S’il ne perçoit pas en elle un appétit foncièrement sexuel, c’est qu’elle est encore jeune. Il garde le souvenir d’un moment en particulier, où elle lui passe une jambe sur les fesses pour l’attirer plus près d’elle : en sentant le tendon à l’intérieur de sa cuisse se bander contre lui, il est envahi de joie et de désir. Qui sait, se dit-il, tout n’est peut-être pas perdu pour l’avenir.

Ce roman débute par une situation clichée d’abus d’un professeur pour s’acheminer par une vraie chute. La descente morale et physique du protagoniste est absolument saisissante par sa brutalité et sa rapidité. Autant la première partie présente un universitaire dédaigneux, aveugle sur le monde, autant la seconde partie qui suit la rupture de ton est une véritable claque. La langue très sèche et dure de J.M. Coetzee accentue les caractères de personnages captivants enfermés dans un roman à l’ambiance de thriller. Les relations entre David Lurie et les femmes sont terribles et complètent la grande question du livre : la responsabilité et la culpabilité. Le passé – ici l’Apartheid – est plus que présent malgré l’absence du mot. C’est un fantôme qui hante chaque personnage qu’il l’ait connu ou pas. Cette puissance évocatrice est époustouflante et permet à l’auteur de quitter le réalisme des premiers chapitres pour développer une sorte de folie très intime. La fin, une sorte de chemin de rédemption, apporte une sensibilité très étonnante où les plaies sont loin d’être cicatrisées. Ce roman est un récit passionnant aux personnages charismatiques et profonds.

Ce roman, traduit par Catherine Lauga du Plessis, est publié aux Points au prix de 7.30€.

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