Polichinelle mouillé

Quintin, bossu, a perdu sa femme après qu’elle se soit jetée sur les rames du métro parisien. Un jour, il pousse un inconnu irritant qui finit sectionné par le métro. Le bossu n’hésitera pas à reproduire ce geste terrible dans de nombreuses autres stations de métro. Le commissaire Padovani tente, malgré la minceur des témoignages, de retrouver ce tueur.

Une semaine s’était écoulée, interminable, faite de jours sombres et de nuits blanches, de remords et de satisfecit. Une semaine ou longuement, patiemment, et par sa seule réflexion, Quintin avait tenté d’approfondir et d’affiner sa perception de la morale. Et plus il avançait dans cette voie, moins le concept lui semblait monolithique, voire objectif. Certes, il savait manquer d’outils théoriques mais, cependant, les exemples concrets lui venaient, indiquant clairement que ce qui était moral ici et maintenant ne l’était pas là-baset hier, à moins que ce ne fût demain. À partir de tout cela, et avec une profonde allégresse, il avait établi une règle générale: la morale est susceptible de variations dans le temps et l’espace. Dès lors, pourquoi pas d’un individu à l’autre?  

Ce roman dont le narrateur est le commissaire alterne les scènes policières et celles consacrées à Quintin. Le lecteur s’attache autant au tueur qu’aux poursuivants. Avec une écriture vive et acérée, cette histoire file à toute allure. Le rythme est prenant dès que le tueur est présenté et ses motifs explicités. Cette clarté narrative permet par la suite à l’auteur de dresser de multiples portraits. On se retrouve avec des personnages étonnants, représentant chacun un morceau de cette société qui a perdu tout espoir. Ce roman, écrit en 1982, donne une vision de cette France, jeune république socialiste, marquée par l’urbanisme et la violence d’une certaine modernité. Que ce soit par les mots ou les gestes, les personnages ne s’épargnent pas. Il y a peu d’apaisement chez eux. Les répliques claquent, le sens de la formule amuse et éblouit. Mais derrière cette fantaisie, l’auteur ne cache pas le profond désespoir de certains personnages et les tourments psychologiques qui les animent. C’est un roman prenant aux personnages marquants.

Ce roman de Frédéric H. Fajardie est publié par La Table ronde au prix de 7,10€.

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