Tropique de la violence

Marie, infirmière d’une quarantaine d’années, découvre la réalité de la vie à Mayotte. Un jour, une femme lui donne son enfant atteint d’une hétérochromie. Elle l’adopte, le prénomme Moïse. Malgré une enfance heureuse, loin d’un monde violent, le jeune garçon s’éloignera de sa mère adoptive pour découvrir ce que c’est qu’être un enfant de Mayotte.

Même si la coupure n’était pas profonde d’après Dédé, la cicatrice est restée pâle et longue, ma paupière droite s’est affaissée de sorte que j’ai toujours l’impression d’avoir une brume dans l’œil, mais ce n’est que l’effet que font mes cils. Parfois, le soir, quand je me sentais mal et que tout ce qui m’était arrivé me tournait autour comme un prédateur prêt à me bondir dessus à nouveau, j’imaginais que la brume était une présence surnaturelle et bienveillante qui me donnait des nouvelles de Marie, de Bosco, qui me parlait de tout et de rien. Bruce venait me voir de temps en temps, à la nuit tombée. Il se tenait à côté du lit sans un mot et m’observait. Je ne sais pas ce qu’il regardait, peut-être vérifiait-il que j’avais encore et toujours peur de lui? 

Ce roman est un livre à plusieurs voix. Chaque chapitre présente un narrateur distinct qui s’adresse à la première personne. Ce livre est une somme de « je » qui traite de Mayotte et des vies sur les îles. Il y a Marie, la mère ; Moïse, l’adolescent ; Bruce, le caïd ; Stéphane, l’éducateur et Olivier, le policier. Ces cinq voix reviennent chacun leur tour pour faire avancer l’histoire (un meurtre commis provoquant un basculement dans les rapports de force) et pour nous raconter l’île. Le premier objectif nous donne un fil conducteur, le second apporte une profondeur de réalité. La sincérité des propos accentuée par la simplicité de l’écriture nous plonge sur ces îles où la violence règne. L’auteure questionne les origines, tente de comprendre le développement et les conséquences désastreuses sur les êtres. C’est un roman qui dresse un tableau des nombreuses fissures existant entre ces personnes que le hasard a fait vivre ensemble et qui n’ont que la violence comme trait d’union. Le constat est brutal et poignant. La multiplication des points de vue ne perd pas le lecteur mais crée une dynamique narrative et nuance chaque psychologie.

Le livre de Natacha Appanah est publié par Gallimard au prix de 17,50€.

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