Cataract City

Duncan sort de prison et arpente les rues de Cataract City. De nombreux lieux lui rappellent son enfance, période bénie partagée avec Owen. Ils ont vécu des moments très forts, notamment une nuit perdue dans la forêt après avoir découvert le vrai visage de leur catcheur adulé. Ces deux garçons inséparables sont devenus deux hommes qui ne peuvent qu’être opposés.

Cet homme était notre héros, et à cet âge, nous y croyions, aux héros. Aux vrais, voyez-vous? Aux sérieux, plus grands que la vie. En grandissant, on se rend compte que, pour la plupart, ils ont la même taille que tout le monde. Que leurs exploits sont minimes, désintéressés, constants. À l’époque, nous croyions à l’héroïsme brutal de G.I. Joe dont nous lisions les aventures dans ma cave par les après-midi pluvieux. L’eau gouttait des conduites en faisant le bruit de deux billes qui claquent l’une contre l’autre. Nous croyions à l’existence des héros car le monde semblait assez vaste pour eux. Il ne l’est pas moins aujourd’hui, et j’y vois maintenant quelque chose de déprimant que je ne saurais pas expliquer. Pour nous, gamins, le monde paraissait très grand pour la raison surtout que nous le connaissions si peu. Et si nous n’avions pas rencontré de tels hommes, cela ne prouvait rien. Jusqu’au jour où nous en avons eu un, en chair et en os, devant nous. 

Ce roman à deux voix (Craig Davidson passe de Duncan à Owen) est une histoire commune. L’errance de Duncan à sa sortie de prison apporte une nonchalance étonnante au récit et facilite la plongée dans les souvenirs. Une certaine mélancolie s’installe laissant vite la place à la stupéfaction face au monde du catch et à la peur lors de cette longue nuit forestière. Craig Davidson utilise chaque instant de cette nuit et chaque seconde loin de la société pour explorer les origines du lien unissant les deux garçons. Avec un jeu classique mais solide d’éclipses, il évoque leurs premières amours (là encore communes) et les dissonances émergentes. Ce qu’attend le lecteur est la découverte de la séparation, de leur éloignement. Ce roman est basé sur un suspens sentimental complètement maîtrisé, dynamisé par des scènes réussies de courses de chiens ou coups foireux. C’est un roman noir tout en sensibilité qui puise une part de mystère dans son environnement urbain.

Ce roman, traduit par Jean-Luc Piningre, est publié aux Points au prix de 8,10€.

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