L’Anaconda

Un homme, Everard Brooke, éveille, depuis son retour d’Inde, de nombreux soupçons à son entourage. Pour rétablir la vérité, il raconte les quelques jours marquants qui lui ont procuré une réelle terreur et une angoisse permanente. Pendant quelques jours, il vit la puissance destructrice d’un anaconda géant, la créature la plus dangereuse qu’il ait vue.

Tandis que mon regard s’attardait avec plaisir sur les larges cimes protectrices, je crus distinguer une excroissance épaisse sur l’un des troncs, chose extrêmement inhabituelle sur ces arbres qui d’ordinaire filent droit vers le ciel, avec une régularité et une verticalité dignes des piliers d’un temple. Cela ressemblait à une large branche, partant de ce tronc pour rejoindre un tronc voisin. Mais ce qui me troubla davantage fut de la voir parfois onduler d’avant en arrière, alors que la brise marine était si légère qu’elle dérangeait à peine les feuillages voisins. 

Ce roman de M.G. Lewis avait déjà été publié en France en 1822. Près de deux siècles plus tard, il reparaît dans une nouvelle traduction. Ce roman est aussi court qu’efficace. Il se situe dans la lignée des romans gothiques du XIXème siècle, tels que Frankenstein ou Le Horla. L’auteur joue sur le réalisme des situations pour amplifier l’extraordinaire nature de l’anaconda, qui devient une sorte de monstre incontrôlable sorti des abîmes de la nature. Ainsi, le protagoniste le confond au début avec une branche et très rapidement découvre l’existence (et l’horreur) de cet animal. L’intérêt réside dans l’annonce de ce récit. En effet, à l’image de Frankenstein, roman qui commençait par l’errance d’un homme (qui se révèle après le fameux docteur-créateur de la bête), ce livre de M.G. Lewis débute par une discussion entre un homme et une femme. Au cœur de leurs échanges, un questionnement sur Everard Brooke qui semble dissimuler ses véritables intentions. Il aurait été jusqu’au meurtre pour amasser une fortune colossale. Cette accusation provoque le récit d’Everard sur sa rencontre avec l’anaconda. Les premières pages baignent dans une atmosphère très aristocratique et placent le récit dans une réalisme très figé. Cette introduction est très rapidement bouleversée par le voyage en Inde, l’exotisme des personnages et l’angoisse de l’animal. Ce contre pied narratif est très réussi et la suite du récit montre la maîtrise des effets. A l’image de certains films d’horreur, l’idée de placer les personnages dans une maison sous le joug de l’Anaconda crée un huis clos intense et oblige le récit à se limiter aux sens des personnages (l’ouïe, la vue) et à leur imagination, terrain fertile pour explorer les peurs.

Ce roman, traduit par Pauline Tardieu-Collinet, est publié par Finitude au prix de 14,50€. 

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