Le suivant

Un jeune homme nous raconte sa vie depuis le jour où il fut emmené loin de chez lui par des hommes armés. Le motif est simple : il n’aime pas assez son « grand pays » alors il est enfermé dans un camp de travail. Tout juste âgé de 19 ans, il est plongé dans des journées de travail sans fin. Malgré tout cela, il y fait une rencontre déterminante : celle d’un garçon qui l’interpelle, le fascine sur lequel il règle ses pas. Bien après sa libération, ce « modèle » le précède inconsciemment. Ainsi il lui succède dans les bras d’une femme. Il devient même le beau-père de la fille du « modèle ». A-t-il vraiment choisi sa vie?

Je ne me déteste plus comme avant. Cela fait cinq mois maintenant que je suis sur le fleuve chaque jour, que je prends les geste du garçon, sa voix. Je suis debout sur les troncs énormes, l’effort rend mon corps plus tranchant, plus semblable au sien. Lorsque je me réveille le matin je me tourne vers son lit pour être sûr qu’il est bien là, c’est la première chose que je fais. Il se lève parmi les derniers, je sors derrière lui pour le rassemblement. 

Ce roman est une sorte de journal. Chaque page présente un moment, peut-être une journée particulière. Pourtant, il n’y a aucune indication de jour, d’année. Nous savons que cette histoire se passe en Russie, pendant la dictature stalinienne. L’intimité créée par la forme du récit (le journal) et le ton direct (une narration à la première personne) nous permet de suivre avec intérêt cette histoire. Le narrateur, Aliocha, exprime sa fascination très facilement et très simplement. Le ton très épuré du texte permet une lecture très fluide. En évitant tout rebondissement maladroit, nous suivons la logique de cette écriture : comprendre un homme qui suit, qui rentre dans un moule (qu’il s’est choisi). Aliocha ne va pas plus loin que son modèle. La question est de savoir s’il exprime sa véritable nature et surtout si cela est possible à l’époque, celle d’une dictature. Ce roman, par sa simplicité, émeut parfois mais interroge une expression très répandue dans les créations contemporaines : « être au monde ». Aliocha est-il vraiment au monde? Cette problématique questionne tous les aspects de la vie : travail, amour … allant même jusqu’au choix de la mort.

Ce roman de Sébastien Ménestrier est publié par Buchet/Chastel au prix de 12€.

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