Evacuation

Naor vient chercher sa mère en voiture pour l’accompagner à un rendez-vous important. Tout au long du trajet, il lui raconte son périple vécu avec son « amoureuse » Yaël et son grand-père Saba. Alors qu’une guerre débute, le jeune homme entouré de la femme qu’il aime et de l’homme qu’il admire tente de vivre et survivre au milieu des bombardements. Perdus et seuls au milieu de Tel-Aviv, les trois êtres vivent des semaines loin de la guerre et de la société.

Alors Yaël a pris la main de Saba et lui a demandé de se taire. 

Et il s’est tu, figure toi. 

Tout de même, ca n’a pas été facile. De passer à l’ordre du jour. 

Pour commencer, Saba m’a obligé à préciser de quelle guerre il pouvait bien s’agir. Comme s’il avait perdu le compte. Et à lui spécifier qui avait commencé. Tiré le premier. 

Ça avait l’air de beaucoup l’amuser. 

Quand Yaël lui a annoncé que, ce coup-ci, ça se présentait mal, il a eu l’air de ne pas comprendre ce qu’elle disait. Elle a dû le lui répéter. Par trois fois. Élaborer. Insister. Elle était au bord des larmes. Ce qui a enfin poussé Saba à l’assurer qu’il savait très bien de quelle guerre il était question. Et qu’on allait la gagner à coup sûr. 

Ce roman commence par un dialogue, direct et rythmé, épuré, dépouillé de toute indication. On comprend vite les enjeux entre Naor et sa mère et surtout la tension du récit raconté par le jeune homme. Il est question de guerre, de fuite, d’amour pour Yaël et de la figure tutélaire du grand-père Saba. De tout cet ensemble, ressort l’idée d’un monde qui disparaît, d’une culture qui s’évanouit à cause des bombes et des invasions. Après avoir installé une véritable intimité par le dialogue, l’auteur décrit la ville, les lieux, les refuges des trois personnages. Naor, étudiant en cinéma, décide de capter les moments de cette vie à trois. Ainsi au dialogue succèdent les bribes de scénario conçu par les trois réfugiés. Cette relation est aussi touchante que désarmante. Celui qui nous la raconte semble être perdu, ne sachant pas saisir la portée de ces moments vécus. Il est étudiant jusqu’au bout, à la fois dans la vie et dans le cinéma. Au milieu de cette histoire, l’auteur utilise avec un malin plaisir tous les outils numériques, le téléphone portable pour filmer, les réseaux sociaux pour témoigner de la guerre… Ce roman montre des personnages dansants sous les bombes, protégés par leur idéal, pensant s’être mis hors de portée de toute attaque. C’est un texte beau porte par une construction précise et une question claire: à qui Naor emmène-t-il sa mère ? Cet objectif simple et disséminé au fur et à mesure du récit installe un suspens total. On se demande comment finira le récit de cette aventure à trois et dans quel état d’esprit le personnage de Naor clôt cet épisode. Pourra-t-il à la fin reprendre les mots de Zazie : « j’ai grandi »?

Ce roman de Raphaël Jerusalmy est publié par Actes Sud au prix de 16,50€.

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