Désorientale

Une très longue attente à l’hôpital plonge Kimia dans ses souvenirs et l’histoire de sa famille, depuis Téhéran jusqu’à Paris. Alors qu’elle s’apprête à enclencher une PMA, elle repense au passé, à cette histoire qui lui colle à la peau et lui court après. Cela la conforte dans sa détermination naturelle.

C’est une photo qui le fit revenir à Téhéran. Un portrait d’elle que Mère lui envoya et que Leïli possède toujours, en noir et blanc, rectangulaire, au contour dentelé. Les cheveux attachés, deux traits profonds qui partent de chaque côté des ailes du nez et rejoignent les coins de sa bouche, Nour a la tête légèrement penchée à gauche et regarde l’objectif. Ses yeux, aux paupières tombantes, sont clairs et sincèrement mélancoliques, comme la flamme d’une bougie qui en rétrécissant prévient qu’elle va bientôt s’éteindre. Le revers de la photo est noirci par une écriture serrée. Avec le temps, l’encre noire a viré au bleu foncé et les lettres se sont épaissies au format des petites taches. 

Dès les premières pages, la sincérité du ton ainsi que le sens de « l’histoire » attrapent le lecteur. Négar Djavadi parvient à créer une véritable relation avec le lecteur. La langue est directe et simple, ce qui permet une grande fluidité pour circuler dans cette très grande famille. L’autrice arrive à nous faire passer d’une génération à l’autre sans problème. Elle rend claire et familière l’histoire de son pays d’origine, l’Iran, loin des clichés et en prenant le temps d’éclaircir le moindre élément. Que ce soit une personnalité, une ville ou une autre information, tout est expliqué notamment par des notes en bas de page. Ce souci n’alourdit pas mais quelque chose pèse sur le livre. Peut-être que la trop grande fluidité d’écriture n’a pas poussé à faire des choix plus serrés dans les scènes. Elle peut tout raconter alors elle l’a fait. Mais le fil conducteur de ce roman, la nature d’une jeune femme qui creuse son propre sillon (loin des traditions et des cultures de ces deux pays, l’Iran et la France), perd de sa puissance. Restent des scènes fortes notamment sur ce père, héros intellectuel, sur l’Iran inconnu et sur les véritables conséquences d’un pouvoir autoritaire, le tout relié par une écriture fougueuse et  déterminée.

Ce roman de Négar Djavadi est publié par Liana Lévi au prix de 22€.

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