Victoires

C’est le jour de l’enterrement de Victoire qui, à vingt-quatre ans, s’est jetée de la fenêtre de son appartemen.  Par leur dialogue et par la mise en abîme théâtrale, ses camarades du conservatoire national d’art dramatique tentent de comprendre cet acte de mourir.

Je te conseille vivement de garder tes débilités pour tes pièces de boulevard puisque tout porte à croire que tu seras un comédien destiné à crever de faim en vivotant de-ci de-là, de projets merdiques en projets merdeux, jusqu’à ce que, écœuré, tu sois obligé de constater ton manque de talent flagrant et que tu n’as rien à faire sur une scène de théâtre, alors tu deviendras enseignant de français pour des maisons de riches où tu finiras par trouver une femme à ta mesure qui te donnera une situation pour que tu sois enfin ce que tu ne veux pas assumer d’être, c’est-à-dire, bêtement, un mec de droite. La situation est, me semble-t-il, assez grave, et je ne suis pas venu ici pour plaisanter avec des refoulés de la politique. A présent, prenez les chaises, ceux qui ont été au bar, et disposez-vous comme vous étiez disposés, et tâchez, de vous rappeler ce qui s’est passé.

Cette pièce est née de la rencontre entre Wajdi Mouawad et les élèves de troisième année du Conservatoire national supérieur d’art dramatique. Comme l’auteur l’explique dans sa préface, le sentiment principal dans une telle institution est la peur. Ce texte s’en est nourri à la fois dans les faits (le suicide de Victoire) et dans les mots (les confessions des élèves). Dans ce conservatoire, nous suivons l’attente des amis de Victoire se préparant à l’enterrement, à la vie d’après et poussé à se rappeler à cause de l’intervention d’un enquêteur étrange. Certains monologues ont été écrits par les élèves du Conservatoire (avec ou sans Mouawad). Ces instants de parole directe sont forts et portés par une sincérité touchante. En puisant également dans ses propres souvenirs d’école de théâtre, l’auteur bouleverse les époques et les lieux. En parallèle des scènes en France, il y a les paroles d’élèves canadiens. Cela déconstruit les intentions purement linéaires pour mettre en valeur le sujet de la pièce : la peur face à ce métier, cette profession, cet acte de foi. La diversité de date, de lieu et de ton rappelle la violence du doute qui peut surgir dans l’esprit de jeunes comédiens.

Cette pièce de Wajdi Mouawad est publiée par Leméac/Actes Sud-Papiers au prix de 13.50€.

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