Matteo a perdu son emploi

Tout commence par un joggeur victime d’un accident, ce qui nous mène à un automobiliste méticuleux puis l’homme habitant au 217… Un personnage amène à un autre personnage. Ainsi de suite, nous arrivons à ce fameux Matteo qui a perdu son emploi.

C’était un professeur respecté; moqué également, bien sûr, mais respecté intellectuellement pour ses écrits, ses travaux  – l’écriture était en effet son seul moyen d’affirmer une présence sans que son corps le plonge dans l’embarras, son corps indocile et incontrôlable. Du reste, si Cohen se consacrait de plus en plus à l’écriture, c’était à cause de cette incapacité structurelle de son corps. Quand il écrivait, il n’avait pas de tics ou, du moins, s’il en avait, c’était un de ces tics d’en haut, au niveau des sourcils –  qui tressautaient plusieurs fois de suite. Mais sans spectateurs, sans témoins, ce tic n’était rien – et rien ne lui faisait honte. L’écriture était donc, pour Cohen, le lieu vers lequel fuir quand il voulait fuir, non pas les autres ni la ville, mais fuir son corps ou la conscience que son corps dysfonctionnait. Parfois, il plaisantait pour lui-même en se demandant si la copropaxie allait se manifester au moment où, dans ses textes de fiction, il décriait une femme – mais, évidemment, rien de tel ne se produisait. Il était protégé par l’écriture.

Ce livre est un étrange roman. Le titre annonce un personnage et une situation, clairs et simples. Pourtant, cela n’arrive qu’aux dernières pages. Pour arriver à cela, le lecteur voyage de personnage en personnage, de situation en situation. L’auteur utilise de nombreux destins et de multiples êtres pour traiter de la raison, de l’esprit et du corps. Chaque personnage que nous rencontrons (le temps de quelques paragraphes ou de quelques pages) nous plonge dans une situation réaliste, banale ou complètement farfelue où l’être est en parfait malaise. Le roman est drôle, absurde sans oublier de dresser rapidement la psychologie de chaque personnage rencontré dont le seul objectif est de vivre. L’insatisfaction (matérielle, sentimentale, sexuelle…) est au cœur de ce texte. En commençant un chapitre, le lecteur ignore sur qui il va tomber mais sait qu’il y aura une faille terrible. Chaque page est donc l’occasion d’une rencontre hasardeuse cultivée avec malice et intelligence par le romancier. À noter les photographies de mannequins de cire mis en scène intercalées entre les chapitres qui amplifient la froideur des personnages en leur donnant un aspect banal, figé et sans avenir (car sans présent). Ce livre est saisissant et ne perd jamais la force de son propos malgré l’originalité formelle.

Ce roman de Gonçalo M. Tavares, traduit par Dominique Nédellec, est publié par les Éditions Viviane Hamy au prix de 20€.

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