Ils ont voulu nous civiliser

Thomas Ferrer n’est pas un truand. Pas vraiment. Les petits trafics lui permettent de sortir la tête de l’eau, même si la vie n’a pas été tendre avec lui. De petits larcins en détournements de ferraille, le voilà face à face avec un truand, un vrai cette fois. Celui-ci, laissé pour mort par Ferrer,embarque deux frères assoiffés de vengeance à la poursuite de son agresseur. La traque sera sans pitié, alors qu’une puissante tempête s’abat sur la région.

Sauver sa peau
Alezan avait l’impression d’avoir passé sa vie à ne faire que ça. La tête lui tournait. Des rafales de vent s’engouffraient dans la soupente. Il orienta le faisceau de sa lampe vers le fond. Des tuiles avaient volé, laissant un trou béant dans le toit qui laissait passer la pluie. En dessous, dans la cuisine, le gamin lui criait de le détacher, mais depuis le premier coup de feu, Alezan n’était déjà plus là. 

Ce roman pourrait faire penser aux films policiers français des années 1970. La confrontation de personnages au sein d’un environnement hostile, le tout sur un rythme haletant. Marin Ledun réussit à manipuler chacun de ses ingrédients facilement et efficacement. Les personnages sont saisis dans leurs doutes. Ils ont peur, sont menacés et violentés. Le lecteur les rencontre à un moment où leur vie changera. L’un a été avalé par un accès de violence qu’il digère mal, l’autre a été aux portes de la mort. La victime décide de se venger, quoi de plus naturel. Cette simple logique place alors des rapports évidents entre les personnages. C’est une course vers la mort, seule issue possible. Nous sommes dans une véritable tragédie où la nature se déchaîne. Chaque situation devient alors périlleuse. Au milieu de cette mécanique très bien rodée, il y a le personnage d’Alezan, vieil homme hanté par la guerre et la virilité destructrice. Il porte sur ses épaules des souvenirs douloureux qui l’ont éloigné de la société. Celle-ci par l’intermédiaire de Thomas Ferrer lui revient en pleine face. Cette deuxième confrontation, plus symbolique, confirme la grande sensibilité de l’auteur pour les combattants, ceux qui ont vu et ne peuvent pas oublier, ceux qui parfois arrivent à conserver leur part d’humanité.

Ce roman de Marin Ledun est publié par Flammarion au prix de 19€.

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