La Rose de Saragosse

Espagne, Saragosse, 1485. Trois parcours se croisent. Torquemada tente d’asseoir la terreur de l’Inquisition. Angel de la Cruz, accompagné d’un chien hargneux, infiltre le milieu des conversos qui bruisse de l’urgence de fuir. Angel aime les images et les visages. Celui de la jeune Léa le marque. Il doute entre sa quête d’argent et sa sensibilité artistique complètement émue par les traits de la jeune fille.

Las et ennuyé, Torquemada ne prête qu’une oreille, distraite aux procès-verbaux dont l’énoncé est d’autant plus détaillé que les cas dont ils traitent sont mal ficelés. Son regard parcourt les bancs sur lesquels se pressent indicateurs et greffiers, huissiers et prélats. Il les distingue aisément les uns des autres d’après les chapelets qu’ils tiennent, l’arme qui leur pend au côté, les bagues qu’ils ont aux doigts et qui révèlent les rangs qu’ils occupent. Peu importent ces marques dont ils s’affublent. Pour Torquemada, ils forment un seul et même troupeau qu’il doit mener à la baguette. Il faut absolument que ces hommes lui obéissent. Tous autant qu’ils sont. Alors que la liberté, pour prévaloir n’en a besoin que d’un seul. Qui ose se dérober à son autorité. Qui élude sa vigilance. Porte-t-il aussi un insigne? Ou un écusson? Et sinon, comment le repérer ? Le prélat scrute les rangées, une à une. 
A quoi, diable, reconnaît-on un homme libre ? 

Ce roman est le portrait de notre monde à travers l’utilisation de trois thèmes : argent, religion et amour. Chacun habite les personnages à des degrés différents. Mais tous sont habités par une passion difficile à contenir. Ils sont tous incontrôlables, un peu fanatiques. La rencontre de tous ces êtres est absolument passionnante. Sous des faux airs de roman historique, Raphaël Jerulsamy offre un texte épris de liberté et lutte. C’est une véritable confrontation qu’il met en scène, entre le pouvoir autoritaire et la liberté, entre l’arrogance et l’innocence, entre le fantasme et la réalité. Ce dernier combat réunit les personnages. Chacun voudrait maîtriser la réalité, lui donner une direction. Mais personne ne peut y arriver. Ce qui émeut c’est que les personnages semblent oublier la supériorité de la vie sur leur point de vue. Naît alors une mélancolie dont l’auteur parsème quelques signes. Le roman « historique » prend le chemin d’une éducation sentimentale et politique. Les paragraphes décrivant le combat d’un dictateur contre une caricature le représentant sont parfaitement réussis car l’auteur fait mouche. Il ne tourne pas autour de son sujet mais pose la question de la représentation et des rôles derrière lesquels se cachent ces hommes. La jeune Léa, sincère et déterminée, est celle qui survit à cette histoire, magnifiée par une fin baignée d’amour.

Ce roman est publié par Actes Sud au prix de 16,50€.

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