Tu dormiras quand tu seras mort

1960. André Leguidel est un jeune officier muté en Algérie. Après avoir connu un calme en Allemagne, il découvre la guerre dans laquelle est plongé son pays. Mais il est chargé d’une mission périlleuse : débusquer l’assassin d’un gradé français. Premier suspect : le chef de section de son commando de chasse. André doit découvrir la vérité et surtout comprendre la réalité du terrain.

On était au bord du plateau, j’ai regardé la vallée en contrebas, on devinait un canyon qui serpentait, en rejoignait un autre, des falaises dominaient des éboulis où poussaient quelques arbres. Putain de paysage lunaire. C’était beau quand même. J’essayais de comparer avec la carte, mais sans lumière, impossible. Il faisait de plus en plus froid, l’humidité nous tombait dessus, et en même temps ça sentait plus pareil, des odeurs lourdes et terreuses, résineuses, camphrées, grimpaient depuis le canyon. 

François Muratet s’attaque à la littérature historique et au mutisme algérien. C’est donc un double enjeu que l’auteur atteint avec beaucoup de nuance et d’efficacité. Il plante très précisément son décor, l’ambiance, ce qui permet très vite de se rapprocher, à la manière d’un gros plan cinématographique, des personnages. André découvre l’Algérie et la réalité d’une guerre (que personne à l’époque ne peut appeler comme cela) et les autres membres du commando tentent de survivre à cela. L’auteur parvient à faire entendre chaque voix de ses personnages, montrant la difficulté de réduire une guerre aux clichés. La narration est très efficace grâce aux nombreux rebondissements. François Muratet utilise tous les codes des récits de guerre et avec le mystère à résoudre, il peut mener avec rythme son histoire. Pour cela, il prend bien soin de penser aux pauses, aux moments assez nombreux au cours desquels les personnages observent le territoire arpenté et pensent à l’ailleurs. Les absents qu’ils aient disparu aux combats ou qu’il s’agisse d’idée métaphoriques (la France est forcément un des personnages de ce roman) apportent une profondeur à l’ensemble du texte. L’auteur explore ainsi l’univers de ces soldats lancés dans la guerre et il dresse un portrait marquant de la figure du guerrier, cet homme qui combat, qui conçoit des tactiques pour sa cause et sa survie, un homme solitaire qui doute des autres tout en ayant besoin. Une figure tellement forte qu’elle en devient attractive et dangereuse. Le roman est ainsi traversé par une énergie mystérieuse, celle qui anime toutes les guerres et détruit des hommes.

Ce roman de François Muratet est publié par Joëlle Losfeld Editions au prix de 18,50€.

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