éléphant

Dans une grotte près de Zurich, Schoch, un sans-abri, découvre un jour un petit animal improbable, un éléphant rose et luminescent. Une seule personne sait comment la petite créature est née et d’où elle vient : le généticien Roux. Il aimerait en faire un événement mondial, une sensation. Mais il lui a été dérobé. Kaung, un Birman, l’un de ceux qui chuchotent à l’oreille des éléphants, a accompagné la naissance de l’animal et estime qu’un être pareil doit être caché et protégé.

Schoch avait hérité son antre de Sumi, l’homme qui l’avait initié à la vie dans la rue. A l’époque où il y avait encore des règles parmi les sans-abri. Par exemple celle consistant à respecter l’antre des autres. ça n’était plus le cas. Il pouvait arriver, désormais, qu’on trouve quelqu’un couché chez soi à son retour. Le plus souvent un migrant de travail. Enfin, l’un de ceux qui venaient dans le pays pour en trouver.
Sumi avait déniché l’emplacement peu après la crue de 2005. La rivière était montée si haut qu’elle avait submergé le chemin sur berge en plusieurs endroits et arraché une grande partie de la végétation sauvage.
Sumi avait découvert le trou béant par hasard en regardant depuis l’autre rive. Le seul problème était que la grotte ait été si visible. Mais il mit à profit la période où il avait été, entre autres, assistant jardinier – avant de vivre dans la rue. Il alla déterrer quelques vivaces plus loin, en aval, là où le lit était plus large et où l’eau n’atteignait pas le talus, et les planta devant l’entrée de sa grotte.
Il avait baptisé son antre  » le Lit de la Rivière » et y avait roupillé pendant près de huit ans. Schoch avait été le seul à connaître l’endroit. 

Le mini éléphant au coeur de cette histoire est le prétexte pour explorer très minutieusement deux univers : celui scientifique de la création et celui de la rue. Martin Suter est d’une très grande précision, définissant toutes les étapes tant factuelles que psychologiques pour décrire l’aventure de cet éléphant. Chaque chapitre daté précisément semble nous livrer tous les événements. Cette précision nous fait oublier rapidement le caractère exceptionnel de l’existence de cet éléphant. Minuscule, rose et fluorescent. Rien qu’avec ces trois éléments le texte prend l’allure d’un conte, d’un imaginaire écrasant la réalité. Or c’est le contraire que l’auteur opère. La réalité est renforcée. Dans cet univers scientifique, nous découvrons des personnages ayant oublié une certaine réalité car ils ont besoin de la réinventer pour exister. Dans la rue, l’éléphant révèle des sensibilités à fleur de peau face au caractère spécifique de l’animal qui résonne comme signe d’exclusion. Martin Suter dresse le tableau de plusieurs mondes tellement loin les uns des autres, sensation renforcée par la narration en alternance. Même si quelques mois ou quelques années séparent les récits, les comportements des êtres. L’auteur montre les failles entre les personnages, tellement immenses qu’ils peuvent pas cohabiter dans les mêmes chapitres. Ce sont ainsi des parcours individuels, arrogants ou perdus, qui avancent en parallèle. Seul l’éléphant, création surnaturel, parvient à passer de l’un à l’autre. A cela, n’oublions pas l’univers du cirque convoqué non pour ses aspects magiques mais son écoute de l’animal et une humanité qui se développe au fur et à mesure du récit. L’écoute devient un thème important du roman quand on regarde le traitement des dialogues. Les personnages semblent incapables de vraiment échanger avec l’autre. En les mettant au pied de leur extrémisme (de folie créatrice pour les scientifiques ou de sincère compassion pour Schoch), Martin Suter semble chercher le déclic au fond d’eux. Arriveront-ils à sortir d’eux pour enfin aller vers les autres.

Ce roman traduit par Olivier Mannoni est publié par Christian Bourgois au prix de 22€.

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