Notre lâcheté

Un homme décrit tout le vide de sa vie, la vacuité de ses pensées et sa fuite sentimentale désespérée dans les bras de multiples filles de passage. Jusqu’au jour où il rencontre Paule.

Tout petit, j’étais, paraît-il, violent et volontaire. Et, si lointain qu’il soit, je sens parfois encore en moi cet enfant d’un an ou deux qui, lorsqu’on lui refusait quelque chose, se cognait la tête contre le plancher jusqu’à ce qu’on lui cédât – ou qu’il s’évanouît. Il ne me reste pourtant de lui que cette poussée de sang, quand on le contrarie, et cette peine à me donner qui fait trembler mes mains…

Ce texte à la première personne pourrait être une lettre, une longue confession d’un homme. Il ausculte, dans les moindres détails, les failles de son être. Le ton est sans concession et on pourrait même dire que cet homme s’acharne sur lui-même. Il est autant le persécuteur que la victime. Ce double-rôle évolue par la rencontre avec Paule, figure de l’espoir, d’un tournant émotionnel. Le narrateur attend d’elle une révélation et qu’elle le sorte du vide de sa vie. Mais face à cette femme, qui refuse cette responsabilité, l’homme ne supporte plus rien et laisse transparaître sa pleine violence. Certains passages de ce texte, surtout dans la deuxième partie, sont assez insoutenables par la radicalité et l’aveuglement de ces comportements. L’homme s’est enfermé dans sa propre solitude et la raison ne parvient pas à l’en faire sortir. Elle n’est peut-être même pas présente. On assiste à l’autodestruction d’un être qui n’arrive pas à vivre. Une longue déchéance, de corps et de valeurs, se déploie devant le lecteur, emporté dans un grand mouvement vers les abîmes. Cette dynamique infernale s’amplifie par le ton direct de l’écriture d’Alain Berthier. A aucun moment, le lecteur ne s’éloigne du personnage. Seul roman de cet auteur, ce texte écrit en 1930 ne souffre pas du siècle passé en raison d’un propos, sans aucune demi-mesure. La puissance du rouleau compresseur de ce roman est à la hauteur du mot retenu pour titre. Cette attitude face au monde est un échec face à la vie et l’auteur veut en montrer toute la force sans amoindrir sa portée sur l’annihilation de l’Humanité. 

Ce roman est publié par Le Dilettante au prix de 15€ et en version numérique à 7.49€. 

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