Les enchaînés – Un an avec des travailleurs précaires et sous-payés

Thomas Morel raconte ses cinq expériences de plongée dans la précarité. De Cemoi à Toyota en passant par Clictel, il décrit tout l’univers professionnel subi par des hommes et des femmes aujourd’hui.

Voilà, deux semaines après avoir quitté l’usine, j’ai un nouveau boulot ! J’en ressens un enthousiasme que, plus tard, je trouverai stupide. Mais l’idée d’en avoir fini avec le rangement saccadé des chocolats à raison de deux pièces toutes les deux secondes — Tac. Tac — plus de sept heures par jour me transporte. J’ai quitté le vieux monde des ouvriers à la chaîne pour pénétrer bientôt dans l’univers feutré, à la lumière tamisé, d’une plate-forme téléphonique. Enfin un travail de ma génération avec d’autres jeunes partageant mes goûts et mes préoccupations ! Même si je vais devenir un smicard 2.0 au casque posé sur les oreilles, je n’imagine pas vivre quelque chose de plus abrutissant que ma première expérience. 

Ce livre est le récit d’une infiltration journalistique, reprenant la même démarche que Simone Weill (en 1937 dans une usine) citée à plusieurs reprises par l’auteur. Ce que Thomas Morel réussit très bien réside dans son sens de l’observation. Il recense les comportements des employés liés très fortement aux conditions de travail imposées par l’employeur. Il décrit très bien le climat qui découle de l’ensemble, proche de l’inhumain. Chaque salarié est éloigné de l’horloge ou n’a pas la maîtrise de son temps. Il ne peut pas prendre sa pause quand il le souhaite et finalement n’a à aucun moment voix au chapitre. Thomas Morel tient l’équilibre délicat entre naïveté et dénonciation. Son écriture laisse entendre sa découverte totale de ses milieux de travail et sa surprise de constater la permanence de telles conditions de travail (salaire, environnement sonore, équipement…). Chaque nouvel emploi permet de montrer la persistance de principes d’exploitation. Pour contre balancer un jugement (malgré toute l’objectivité qu’il tente de garder), les dialogues avec les « vrais » salariés permet de toucher une réalité parfois caricaturée. Dans sa posture, Thomas Morel ne se présente pas comme un découvreur mais un journaliste défendant l’importance de voir la réalité. Les quelques passages au cours desquels il parvient à décrire son état d’esprit de travailleur sont très intéressants. Il n’est à ce moment-là pas journaliste mais capable d’analyser les idées qui mènent un espoir de mieux travailler, d’une certaine illustion, peut-être partagées par ces collègues temporaires.

Ce livre est publié par Les Arènes au prix de 20€.

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