Corrosion

La corrosion est l’altération d’un matériau par réaction chimique. Dans ce roman, premier de l’éditeur américain John Bassoff, le matériau altéré est un homme, vétéran de l’Irak et plus précisément son visage. Joseph Downs, ancien Marine, 1er Bataillon, 7e Régiment, 1ère division. Sur la route le menant vers la Montagne, il tombe en panne dans une petite ville perdue. Dans le bar dans lequel il attend la réparation de son van, un couple bouleverse sa vie. La femme, Lilith, frappée par son mari, fera chavirer son coeur. Le mari, violent, fera ressurgir sa violence. Joseph Downs, complètement épris, succombe au charme et aux envies de Lilith. Elle veut se débarrasser de son mari et toucher l’assurance-vie.

Ce roman réunit tous les codes du polar : une ville perdue, un héros embarqué dans une histoire malgré lui, une femme à qui on ne peut pas faire confiance,… Ce roman est, dans ses premiers chapitres, un mélange entre Assurance sur la mort (Billy Wilder, 1944) et Un homme est passé (John Sturges, 1955). L’assemblage fonctionne sans surprendre. Le style de l’auteur est très efficace.Il évite soigneusement sur une description trop précise des mutilations du héros pour se concentrer sur les réactions des gens l’entourant. Ce sont les points de vue qui comptent, la façon dont la réalité est perçue. Le romancier joue avec le regard, celui des personnages et bien sûr le nôtre. L’impression d’être dans un environnement connu est trompeuse car plus on avance dans le livre, plus on plonge dans un univers sombre. Au milieu du récit, notre parcours est bouleversé.

John Bassof nous plonge dans une étude plus psychologique de son héros. L’auteur sonde son désespoir et démontre l’issue de secours choisie, la folie. Nous découvrons la vie de Joseph avant la panne et essayons de voir le vrai visage du « héros ». La deuxième partie de ce livre explique la déconnexion de certaines personnes et le besoin de vivre dans sa bulle.Chacun et chacun finit dans sa bulle. Mais le problème devient alors la rencontre avec l’autre. Le contact entre deux bulles, entre deux personnes, ne peut être que corrosive et violente, deux adjectifs qui qualifient la troisième et dernière partie du roman.

Au milieu de ce paysage sombre, néonoir (pour reprendre le titre de la collection de Gallmeister), apparaissent certaines lumières : l’amour et la religion. Comme dans tout polar, le premier est rarement véritable et la confiance entre les êtres n’est jamais possible. Ce qui surprend dans ce roman et en fait une des plus belles idées est le recours (secours de ?) à la religion. Chaque personnage se plonge dans une croyance lui permettant de justifier ses moyens (la violence, la duperie,…). Raccorder les pratiques à une théorie païenne ou autre rappelle le pasteur de la Nuit du Chasseur (Charles Laughton, 1955). Sur ces phalanges, la personnage interprété par Robert Mitchum arborait les mots LOVE et HATE. Ces deux mots résument parfaitement cette corrosion sans visage.

Ce roman, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anatole Pons, est publié chez Gallmeister (collection néonoir) au prix de 17.20€.

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