Cannibales

Noémie écrit une lettre à la mère de son ancien amant, Geoffroy. Jeanne, malgré le mépris ressenti, lui répond. S’installe une relation de plus en plus amicale entre elles. Elles se découvrent un vrai point commun, l’envie de tuer l’homme qui les relie. Pour l’un, son amour. Pour l’autre, son fils.

Chère Madame, 

Je vous prie de me pardonner de vous avoir écrit. Je ne sais que trop combien les mots sont désagréables à entendre et surtout à lire car l’oeil doit prendre la peine de les déchiffrer. Ils éclatent ensuite dans la tête comme des mines antipersonnel, estropiant à l’occasion certaines de nos pensées. Vous devez avec raison préférer le silence qui est au langage ce que la paix est au conflit. 

Ce roman épistolaire est l’apologie du vocabulaire. A une époque où les mots perdent de plus en plus de leur puissance et de leur sens, Régis Jauffret parvient à créer des personnages épris de mots. Par ce roman, l’auteur nous décrit l’évolution d’une relation, passant de la détestation à la fascination par la séduction verbale. Chaque lettre est teintée d’une passion dévorante entre ces deux femmes. Toute l’ambiguïté psychologique est distillée de courrier en courrier. Au fur et à mesure de cette correspondance, le lecteur découvre des femmes complexes. Mais il ne peut s’appuyer que sur les mots et les idées associées. Régis Jauffret fait le pari de nous confronter à des personnages dont nous ne connaissons que les écrits. Nous comprenons leur vision du monde, des autres et d’elles-même. Elles existent uniquement parce qu’elles écrivent. Les personnages sont peu décrits et agissent peu. C’est peut-être cela qui explique la lassitude naissante en cours de roman. L’histoire ne connaît pas vraiment de rebondissement ni de véritable enjeu. Les personnages aussi réussis soit il ne créent pas de dramaturgie. Une fois passés les duels linguistiques entre les deux femmes et les florilèges de formules, il n’y a pas vraiment de fil à suivre. Ces deux existences nous mènent difficilement jusqu’au dernier mot.

Ce roman de Régis Jauffret est publié au Seuil au prix de 17€.

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