Les feuilles d’ombre

Le narrateur masculin revoit Liam, une personne qui a marqué sa vie. Il nous raconte alors trois moments communs de leurs vies, où chacun a montré un visage différent. Le narrateur s’est construit par rapport à Liam et aux femmes qui sont passées dans leurs vies. Pendant trente ans, des années 1940 aux années 1970, nous suivons le chemin parcouru par ces hommes et femmes dans une Irlande en pleine construction politique, idéologique et religieuse.

Début juin, exaspéré, délaissé, Jamesy rencontra une jeune Dublinoise, assise comme lui sur le perron de Trinity. Elle travaillait en usine mais aspirait au mannequinat et, en parlant à Jamesy, elle reamrqua son accent patricien, capiteux, avec une touche de côte Pacifique, une touche d’Amérique, elle remarqua qu’il était beau garçon, bien habillé, et surtout qu’il avait un rire merveilleux qui ce jour-là résonnait dans toute la cour de Trinity, illuminée du soleil de juin. 

Elle s’y était aventurée en quête du légendaire Livre de Kells, que les bonnes soeurs de son école l’avaient toujours exhortée à voir. Au lieu de quoi elle découvrit un garçon en chemise rouge vif, à la moustache fringante, qui semblait tout droit sorti d’une publicité pour dentifrice. Ils discutèrent, mais la discussion ne mena nulle part jusqu’au jour où Jamesy la retrouva, ce même été, magiquement transformée en mannequin, explosive dans ses foulards marron et mauves. 

Ce roman est une sorte de grande épopée intimiste et historique. Le texte écrit à la première personne (dont l’identité ne sera révélée que plus tard) permet de rentrer directement dans l’histoire de ce groupe d’amis. Très rapidement, l’auteur joue avec les nuances pour décrire les failles sentimentales de ses personnages. Il les creuse et les explore pour en ressortir l’importance des confrontations. Le roman est un tissu de relations sentimentales, sensuelles et sensibles. Il y a très peu de psychologies, ce qui explique le ventre mou du milieu du livre. En effet, en se concentrant sur les rapports sous entendus entre les hommes et les femmes, Desmond Hogan arrive à créer des attirances entre Liam et certaines femmes, entre Liam et le narrateur. L’émotion d’un instant explique le début d’une relation à trois, à deux, hétérosexuelle ou homosexuelle. L’air de rien, l’auteur questionne la place de ces femmes et hommes dans une société en pleine mutation. Le sort de l’Irlande, entre politique et religion, revient hanter les 5 amis. Ils semblent un peu indifférents au devenir commun, comme si les déceptions de la jeunesse pouvaient justifier un désespoir. Mais la réaction – au sens de « reprise en main conservatrice » – qui est perceptible dans certaines scènes, ne débouche pas vraiment sur un questionnement des personnages ou même sur eux. Seule une mélancolie naît de ce passage de la liberté (des coeurs et des corps) au quotidien conventionnel. Toutefois, la fin du roman, la dernière rencontre entre le narrateur et Liam, est particulièrement bouleversante. En utilisant le traumatisme du suicide de la mère de Liam (qui se déroule au début du livre), l’auteur rattache ses personnages à une trajectoire beaucoup plus dramatique.

Ce roman de Desmond Hogan est publié chez Grasset au prix de 18€.

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