La méthode Sisik

Trois histoires pour décrire un monde éloigné du nôtre. Il y a un homme condamné pour meurtre par « méditation ». Il y a un certain monsieur Sisik dont le monde et lui-même découvrent son secret de vie. Il  y a une expédition spatiale pour dépasser le temps.

La routine, je vous comprends, a mauvaise presse. Elle est synonyme d’ennui, de stérilité, de petite mort. On l’évite, on la fuit, on la combat. La nouveauté est le maître mot. La vie est faite de changement et d’innovation. L’école adverse va rechercher en toute chose la pérennité et la permanence, garantes de vérité. Ainsi est écarté tout ce qui est de la vicissitude. Ne doit subsister que l’essentiel, qui se définit en quelque sorte, par l’élimination de ce qui ne l’est pas. Ici, ce qui nous occupe est un peu différent et se démarque de ce dualisme. Il s’agit ni plus ni moins de résilier le temps. Et l’éternité ne connaît pas d’ennui. 

Le roman en trois parties de Laurent Graff est un récit loin du romanesque et de l’anecdotique copie SF dont la forme tente d’accompagner tous les sujets évoqués. Chaque page, chaque sujet, chaque personnage a une place très particulière dans le déroulé méticuleux et soigné de ces histoires. La partie la plus longue qui a donné son titre au roman est amenée par un premier texte qui pourrait faire penser à Minority Report par son sujet mais s’en éloigne rapidement. Laurent Graff a un vrai talent d’évocation. C’est grâce à cela qu’il nous plonge dans un monde de pensées, de logique. Il ne s’agit de dépeindre une société codifié mais un état d’esprit global sans user des fioritures du genre. On peut regretter l’absence d’éléments concrets, plus dramatiques, des prises évidentes pour que le lecteur s’accroche. Mais la sécheresse captivante de ces descriptions retient l’attention du lecteur. Le deuxième texte développe encore plus les qualités de ce qui le précède. C’est une lenteur enivrante qui évoque tout un basculement philosophique. L’auteur s’attaque directement aux grands thèmes actuels (l’accélération, l’arrivisme, le temps, la course, l’angoisse…). C’est un texte fin et précis contenant autant des rires que des larmes. Il y a une sorte d’exploit dans la vie de ce monsieur Sisik qui replace l’homme au coeur de tout, dépassant toutes les frontières, réalisant un exploit fantasmé. L’émotion de la fin du texte est alors au centre du troisième texte, plus ancrée dans l’ambiance de science-fiction. J’y ai vu une dénonciation de la récupération de l’exploit et de l’homme par son ensemble. Encore un basculement, encore une dérive. Ce roman décrit une longue descente inéluctable où l’Homme brille et les hommes déçoivent.

Ce roman est publié par Le Dilettante au prix de 15€.

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