En ce lieu enchanté

René Denfeld livre un roman sur la prison, sujet assez répandu dans la littérature étasunienne. Dans le couloir de la mort, un condamné, York, accepte facilement son sort tragique mais une femme (surnommée la dame) est chargée d’obtenir une révision de son procès. Tout l’intérêt de cette histoire vient du point de vue retenu par l’auteure.

C’est Arden, lui aussi prisonnier, lui aussi attendant la mort, qui nous raconte cette prison et les êtres qui y passent. Son regard se comprend par les première phrases. Ce lieu est un endroit enchanté. Les autres ne le voient pas ainsi, mais moi si. » C’est donc cet homme, dont on apprend au fur et à mesure de la lecture qu’il ne parle plus, qui nous dévoile l’enquête de la dame, l’obstination de York à mourir et les hommes blessés. Ainsi, le prêtre qui est déchu de son serment ou le directeur traumatisé par la maladie de sa femme.

L’enquête principale sert de squelette à ce roman. La découverte des secrets d’York permet de mieux comprendre cette femme dont le nom ne sera jamais révélée. Pourquoi veut-elle sauver ces condamnés totalement irrécupérables? Chaque personnage est fouillé et René Denfeld arrive à insérer des portraits saisissants entre parenthèses dans ce prétexte policier. La confession du prêtre offre des pages très émouvantes. Le regard d’Arden teint tous ces portraits d’une sorte de rêverie. Quand il devient vraiment le personnage principal, le rythme commence à perdre son souffle, comme si celui qui nous permettait de regarder ne supportait de se regarder lui-même. Finalement, ce qu’il raconte aurait suffit pour satisfaire la curiosité autour d’Arden.

Le décor de la prison, contrairement aux autres qui peuvent apparaître au cours de l’histoire, est traité avec beaucoup de réalisme. L’auteure choisit de ne pas surcharger de détails pour privilégier la force de chaque étape, marquante pour les êtres qui la subissent.

Il n’y a qu’Arden qui la voit comme un lieu enchanté. Les autres l’affrontent et parfois arrivent à l’accepter. Les autres ont des destins tragiques et René Denfeld arrivent parfois à saisir l’intime.

Ce roman, couronné du Prix du Premier roman étranger et traduit par Frédérique Daber et Gabrielle Merchez, est publié chez 10/18 au prix de 7.10€.

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