Coeur tambour

Le nouveau roman de Scholastique Mukasonga nous raconte une diva, Kitami. Cette chanteuse accompagnée de tambourinaires attisait la foule quand le chant était là. Sinon, ce n’était que déception. Pour ce type de personnage, il y a la vie souvent secrète et cachée et ce qu’en savent les autres. Dans ce roman, nous avons les deux faces de Kitami grâce à trois parties. Les deux premières sont des récits de journalistes. Cela commence par la nouvelle de la mort de la diva et une biographie qui laisse planer tout un mystère. Le roman se termine par les conclusions de l’enquête criminelle car une diva ne peut pas mourir simplement. Il y a toujours un flou, un doute. Entre ces deux textes à la troisième personne, se trouve une petite fille née au Rwanda et qui s’adresse au lecteur à la première personne. Ces trois récits semblent parfois très éloignés les uns des autres. Pourtant, en croisant la version officielle et la vie avant la gloire, le lecteur relie tous les points de Kitami.

Ce roman interroge la présence des mythes, de l’inexplicable au sein de notre société, que ce soit celle d’une princesse en Afrique ou celle d’une diva en plein New York. Les hommes ont besoin d’être fascinés et de rêver. Cela donne des musiciens rencontrant par hasard une femme en qui ils croient et sur laquelle ils misent. Mais ce rêve ne fait oublier qu’un temps la violence de la réalité. Chez cette auteure, on ne s’éloigne jamais de ce monde, celui qui impose des souverains mythiques et des races supérieures, faisant disparaître le rêve. Seule compte l’envie du chef. Dans la deuxième partie, la petite fille qui atteint l’université malgré les sélections raciales est vite rappelée à la réalité. Il n’est pas nécessaire d’avoir une femme Tutsi savante sauf si elle épouse un dignitaire pour devenir espionne. La violence des propos révèle l’ancrage des idées, des préjugés et d’une vision dictatoriale du monde. En parallèle, les nombreux passages décrivant la musique des tambours et l’ensorcellement des rythmes. Les mots ayant été récupérés, les corps peuvent s’exprimer par les mouvements et les cordes vocales. Ce roman est a la puissance de son personnage principal.

Celle que nous découvrons comme diva au début le reste jusqu’à la fin. Les informations plus véridiques n’amoindrissent pas la portée du mythe et la puissance de la voix de cette femme.

Coeur tambour est publié chez Gallimard au prix de 16,50€.

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