Un enfant

Derrière le titre, Un enfant, se tient l’auteur. Il nous raconte sa petite enfance. Tout commence par un exploit, enfin ce qu’il considère comme un exploit, son parcours en vélo jusqu’à la maison de sa tante, parcourir plusieurs kilomètres dans le plus grand secret et sur un engin qu’il ne maîtrise pas. Bien qu’il n’arrive pas jusqu’à cette maison, il en est fier. Mais ce vélo n’est pas le sien, ce qui explique la colère de sa mère qui le punira en le battant avec un boyau de boeuf. Son grand-père, lui, le soutiendra, reconnaissant aussi la grandeur d’une telle expédition pour un enfant qui ne savait pas faire de vélo. Cette anecdote, comme tous les autres faits racontés, ont deux faces : celle d’un rejet de la part de sa mère et celle d’une glorification par son grand-père. Ces deux attitudes opposées et extrémistes s’illustrent dans tout le récit que Thomas Bernhard fait de son enfance. De sa naissance cachée parce qu’illégitime jusqu’à sa découverte de l’Allemagne nazie, nous suivons le petit homme dans son errance entre l’Autriche et l’Allemagne.

« Certains jours, par un certain vent d’est, avait coutume de dire mon grand-père, si l’on entend bien, on entend de son balcon les cloches de Moscou. Cette pensée me fascinait. Je n’entendis jamais les cloches de Moscou mais j’avais la certitude que de temps en temps, il les entendait. » 

L’écriture de Thomas Bernhard est particulièrement sèche. Les descriptions de l’environnement tant humain que paysager écrasent l’enfant. L’école buissonnière devient alors une sorte de libération. Que ce soit la petite ville de Traunstein (Bavière), l’attitude des professeurs ou celles des autres enfants, tout semble le persécuter. Seule lumière dans ce décor, le grand père. Cet homme, ce héros, est au coeur de paragraphes bouleversants où l’auteur lui rend un hommage appuyé. Anarchiste et écrivain, il est un soutien infaillible de son petit fils.  En revanche, sa mère, toujours marquée par la fuite du père de Thomas, rejette l’enfant, lui faisant porté tout le poids de la faute. Malgré la violence des gestes et des termes, l’amour filial s’insinue. L’auteur en est convenu. Sa mère l’aime mais c’est difficile. C’est peut-être cela le plus touchant, la capacité d’un enfant à s’ouvrir à des sentiments malgré les actions des autres. Ce livre de Thomas Bernhard est une sorte d’apprentissage de l’indescriptible dans une famille blessée, ce qui est renforcé par le contexte historique. Le livre se termine en 1939.

La période et les souvenirs rattachés –  la première fois qu’il entend le nom d’Hitler – pèsent sur le trouble intérieur de l’enfant. Alors que ces souvenirs ne sont pas racontés chronologiquement mais par le biais de transitions émotionnelles, un des fils conducteurs est sa découverte du suicide. Son grand-père lui en parle, l’explique. L’enfant témoigne de ses tentatives. L’auteur, en écrivant 50 ans après les faits, semble se replonger dans les origines de son malêtre. Cette confession est puissante et bouleversante par sa franchise.

Que je ne me sois pas jeté de la fenêtre du grenier ou pendu ou empoissonné avec les somnifères de ma mère cela tenait simplement au fait que je ne voulais pas causer à mon grand-père le chagrin d’avoir perdu son petit-fils par négligence. Ce n’est que par amour pour mon grand-père que je ne me suis pas tué dans mon enfance, c’eût été autrement pour moi une chose facile, tout compte fait le monde fut pour moi de nombreuses années un fardeau inhumain qui sans répit menaçait de m’écraser. Au dernier moment cependant je reculais effrayé et je me résignais à mon sort. »

Ce livre de  Thomas Bernhard, traduit par Albert Kohn, est publié chez Gallimard au prix de 7,50€.

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